kilkenny

Kilkenny, en Irlande

« Une Kilkenny pression bien fraîche et servie dans son verre peut être une œuvre d’art ». Voilà une sentence d’un critique gastronomique, que partagent, cela va sans dire, les quelques 8000 habitants de cette bourgade du sud de l’lrlande, chef-lieu du comté éponyme. La célèbre bière rousse traditionnelle fabriquée depuis le XVIIIe siècle, est l’une des nombreuses raisons d’une visite, la principale pour beaucoup, avec la vie nocturne et les festivals d’été. Cependant, Kilkenny, c’est aussi l’art et l’histoire d’une ville plantée au cœur d’une campagne généreuse, que sillonnent les eaux du Nore, d’une des plus belles cités médiévales d’lrlande, dit-on, d’une foison de monuments, dont beaucoup en ruines et, du coup, pittoresques encore, et d’une étonnante homogénéité urbaine. La ville écrit ses premières pages au VIe siècle. lorsque Canice, l’évangélisateur de l’lrlande et de l’ennemi juré des druides, y fonde un monastère. Ainsi, Cill Chainnigh, le nom gaélique de la ville, évoque l’abbé, futur béatitié. Au Moyen Âge, Kilkenny sera au centre du conflit qui opposera les Normands, qui la conquièrent en 1169, à la population irlandaise, forcée à vivre hors-les-murs, dans un quartier aujourd’hui appelé Irishtown. En 1566, les Statutes of Kilkenny iront jusqu’à sanctionner une forme d’apartheid, interdisant aux populations de se mélanger et mettant la langue et coutumes irlandaises à l’index. Dès la fin du XIVe siècle, la famille Butler, fidèle alliée de la Couronne anglaise, s’établit dans le château pour mieux affermir l’autorité royale. La tension atteint alors son comble. Cette situation explosive aboutira à la création, à Kilkenny, d’un parlement et d’une association contre les persécutions anglaises. La ville gardera son statut de capitale neuf années seulement, de 1641 à 1650, date de l’arrivée des troupes de Cromwell, chargées de rétablir l’ordre anglais.

Aujourd’hui, les monuments témoins de cette histoire bordent Parliament Street, l’artère principale qui traverse le centre, dévalant de la colline du château vers la cathédrale. Elle est flanquée de maisons basses arborant d’éclatants tons rouge, jaune et bleu, tandis que les enseignes des magasins, tout ornées de caractères or sur fond noir, évoquent la pierre noir locale, un calcaire aux allures de marbre, qui a valu à Kilkenny son nom de Marble City. En remontant The Parade, on parvient au château, bâti au XIIe siècle et remanié souvent jusqu’au XIXe siècle. En 1967, le gouvernement irlandais l’achèta pour 50 £ et y aménagea des galeries d’art. L’extrémité de Parliament Street débouche sur Irishtown et St. Canice’s Cathedral, une église anglicane doublée d’une structure compacte aux lignes gothiques atfirmées, qui abrite des monuments en pierre noire. Flanquée d’une tour ronde et élancée, cet unique vestige de l’abbaye originale est un superbe site d’observation sur la ville et la campagne voisine. La Black Abbey des dominicains, fondée en 1225, les vestiges du St. John’s Priory et de St. Francis Abbey méritent également une visite. Le clou de la balade restera peut-être néanmoins la brasserie Smithwick, sur Parliament Street, où l’on peut déguster une authentique œuvre d’art, bien fraîche. Pour en savoir plus: Visit Ireland – Kilkenny

(photo: Bela Torok)

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