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Découvrir Albarracin

Plusieurs raisons plaident pour la visite de cette terre, un peu oubliée, d’Aragon. D’abor l’escalade de blocs, très populaire en Espagne et en Europe. Les grimpeurs tentent l’escalade des muelas, ces énormes blocs des sierras de Jabaloyas et de Tremedal, modelés par l’érosion. Puis l’intérêt pour la préhistoire qui réunit des passionnés venus explorer un réseau de vingt grottes ornées dans le Parque Nacional de Arte Rupestre. Ensuite, l’automne qui attire les amateurs de champignons pour arpenter les sentiers de la réserve protégée des monts Universales. Enfin, les romantiques y trouvent le but idéal de leur voyage de noces, à l’image des princes des Asturies, récemment.

Quant aux simples voyageurs, ils y découvrent un village médiéval totalement préservé : Albarracin. Situé au sud de Saragosse, ce bourg d’un millier d’habitants à peine ressemble aujourd’hui à un musée en plein air, ne vivant que du tourisme et de l’industrie du bois, grâce à sa situation, au cœur de la forêt, à près de 1200 mètres d’altitude. Durant sa longue histoire, en revanche, les gras pâturages propices à l’élevage des moutons, le commerce de la laine et des étoffes ainsi que sa situation quasi inexpugnable ont fait d’Albarracin un lieu disputé, car la quasi totalité de l’éperon rocheux sur lequel il est juché est ceinturée par le Guadalaviar. D’origine celte, le village, conquis ensuite par les Romains et les Goths, passe, en 711, sous l’influence arabe. Il tire d’ailleurs son nom de la tribu d’Ibn Racin, qui la gouverna pour le compte du califat de Cordoue à deux reprises, Albarracin devient une capitale, tout d’abord, d’un petit royaume musulman indépendant, un taifa, pendant près d’un siècle, du 11e au 12e siècle, puis de 1170 à 1300, quand il sera cédé à la famille aragonaise chrétienne des Azagra, qui l’érigera en seigneurie indépendante. Les travaux de fortification constituent une préoccupation constante à l’époque. L’alcazar arabe, construit au IXème siècle, succède la tour de l’Andador, du Xe siècle. Le centre, formé d’étroites ruelles pavées et de maisons de plâtre et de bois serrées les unes contre les autres, se massait entre ces deux fortifications, unis par une muraille pouvant atteindre 12 mètres de haut et un mètre d’épaisseur.

Le manque d’espace interdisait l’ouverture de places. Il faudra attendre les démolitions de la guerre d’indépendance, au XIXe siècle, et la guerre civile, en 1936-1939, pour que le centre s’offre quelque respiration grâce à des jardins et des placettes. La Plaza Mayor est, avec son ayuntamento, l’hôtel de ville du XVe siècle, la plus grande, comme son nom l’indique. Elle accueille chaque année, à la mi-septembre, l’encierro, l’enfermement des taureaux, une corrida sans effusion de sang, et, à la fin avril, les Mayos, des chants célébrant la beauté féminine. La cathédrale mérite aussi une visite. Blottie au pied de l’alcazar et d’origine médiévale, elle a été réaménagée à l’époque baroque, ainsi que la tour de Dona Blanca, la dernière élevée à Albarracin, avant que les canons rendent les fortifications obsolètes. Blanche d’Aragon, la mélancolique, s’y éteignit et l’on raconte que chaque nuit de Pleine Lune, son esprit plonge dans les eaux du Guadalaviar.

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